Brasil ! #4

Un cinéma de la non-conciliation. A propos d'Os Cafajestes de Ruy Guerra

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le 28 mai 2015

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Premier long-métrage de Ruy Guerra, cinéaste né en 1931 à Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo), au Mozambique, Os Cafajestes (La Plage du Désir, 1962) marque le point de départ du Cinema Novo. Ce regard étranger sur la société brésilienne constitue en outre le geste inaugural d’un cinéma de l’indétermination de genre, trait distinctif de la longue filmographie de Guerra, qui s’affirmera encore dans Os Fuzis (Les Fusils, 1964), A Queda (La Chute, 1977) et Mueda, Memória e Massacre (Mueda, Memória e Massacre, 1979/80). D’Os Cafajestes à Quase Memória (Quasi-mémoire), réalisé l’an dernier, sans oublier Quand le soleil dort (1954), court-métrage de fin d’études tourné pour l’IDHEC, et Cais Gorjão (Quai Gorjão, 1947/8), film-essai engagé de jeunesse, cette œuvre d’une richesse inépuisable peut être abordée de bien des manières. Pour l’appréhender dans sa singularité, cependant, il ne faut jamais négliger les multiples escales (le Mozambique, le Portugal, la France, le Brésil, Cuba…) qui ont marqué la vie du cinéaste, ainsi que l’imbrication entre l’innovation formelle et l’engagement politique qui traverse toute son œuvre. Cette analyse se concentrera sur la dialectique, sans conciliation, entre le système de représentation du documentaire et celui de la fiction qui caractérise ce cinéma depuis Os Cafajestes. Elle s’organisera autour des modalités d’interpénétration entre le documentaire et la fiction, liées dans ce film à la construction du point de vue.

Pour Guerra, « il n’y a pas de différence entre le documentaire et la fiction »[11] [