Dans ce nouvel épisode de Radio Réel, nous partons pour le Sud, sur les traces de personnages mythiques, venus d’un autre temps et qui déboulent dans les luttes politiques contemporaines.
Cette année, deux longs métrage de la compétition agissent comme des machines à voyager dans le temps, reliant le XXIe siècle au XVIe, Marseille à l’Andalousie chevaleresque, les Cévennes aux luttes pour les communs des forêts qui les ont traversées.
Elsa Brès, dans Les Sanglières, remonte le fil des soulèvements de la terre cévenols pour montrer les liens qui existent entre un prélude en forme de film en costume et artificialisation contemporaine des collines. Une figure mythique relie les deux époques : celle du sanglier, chassé dans les forêts seigneuriales puis surveillé à l’aide d’une caméra infra-rouge dans les chantiers d’aujourd’hui.
Je suis la nuit en plein midi, de Gaspard Hirschi propulse le personnage de Don Quichotte en plein Marseille. Juché sur un magnifique cheval à la robe noire, armé d’une lance, le légendaire chevalier idéaliste trouve son Sancho Pansa en la personne de Daniel, un livreur à scooter qui l’accompagnera dans sa quête dans la cité phocéenne. De Noailles aux Quartiers Nords, des communautés fermées du Roucas Blanc au quatorzième arrondissement, les deux hommes traversent la ville et les communautés qui l’habitent dans un étonnant documentaire picaresque.
Après notre table ronde, nous avons pu nous entretenir avec Gaspard Hirschi, réalisateur du film Je suis la nuit en plein midi, et Daniel Saïd qui interprète un Sancho Panza portant fièrement les couleurs de l’OM et déambulant sur un scooter aux côtés d’un Don Quichotte passe-muraille. Tous deux nous embarquent pour une traversée pédestre et hippomobile à travers la cité phocéenne. De quartiers en quartiers, le portrait d’une ville hybride, hétérogène et complexe se dresse. Gaspard Hirschi tente alors de déjouer la ségrégation spatiale par l’imaginaire, le merveilleux et les mouvements de ses personnages. Au fil de cet arpentage, des rencontres se tissent, parfois émaillées de conflits nés de cette piraterie spatiale et documentaire. C’est à Paris que nous les avons retrouvés pour un entretien-itinéraire. À la manière d’une balade picaresque, le réalisateur et l’acteur sont revenus sur les coulisses du film.