A la recherche de Jean-Daniel Pollet (WIP 2)

Jackie Raynal

Fin décembre 2012, un rez-de-chaussée rue de Varenne. Je me rends chez Jackie Raynal avec Boris Pollet qui a pris le rendez-vous (ils se connaissent) non sans une certaine fébrilité. Je vais voir : « la monteuse de Méditerranée ». Mais aussi : « la réalisatrice de Deux fois », un film produit dans la mouvance des productions Zanzibar, que finançait Silvina Boissonas (une héritière Schlumberger), qui se dévouera plus tard à la Cause Des Femmes (librairie et édition). Je connais Jackie depuis les années post-68. J’ai vu son film à cette époque, comme les autres films Zanzibar (qu’on peut trouver aujourd’hui en DVD chez Re : Voir). Je l’ai croisée aussi à New York, dans les années 80, quand elle s’occupait avec son mari d’une salle de cinéma, sur Bleeker Street, une salle vouée aux films de la Nouvelle Vague et du Jeune Cinéma. Bref, Jackie, même si je l’ai rencontrée quelques fois, est restée pour moi une sorte de mythe. Et je sens que notre conversation va rouler de mythe en mythe.

Et d’ailleurs Boris, pour commencer, raconte ses relations avec Godard quand celui-ci lui demande l’autorisation de mettre des extraits de Méditerranée dans Film Socialisme… Puis on évoque le beau texte de Godard sur Méditerranée, paru dans les Cahiers du Cinéma, en 1967…

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Boris : Les spectateurs qui voyaient Méditerranée en 67 regardaient un film qui avait déjà quatre ans !

Jackie Raynal : Ton père, il avait un côté ingénieur des Ponts et Chaussées… il a compris beaucoup de choses tout seul… j’ai travaillé quatre ans à ses côtés… j’ai d’abord été assistante-monteuse puis monteuse de François Bel… c’est lui qui avait aménagé Lumifilm avec Jean-Daniel… donc on le connaissait très bien Jean-Daniel mais aussi on ne le connaissait pas, il était tout le temps enfermé dans sa salle de montage, à côté de la nôtre, quand je dis nous je pense à Machu, Bouchet, Rozier… moi, ce qui me fascinait et qui fascinait tout le monde c’est que si Jean-Luc avait trouvé la chaise à roulettes pour faire des travellings, lui, Jean-Daniel, il avait coupé carrément une 403 pour faire les travellings de Méditerranée, de Bassae… tous les travellings de ses films sont faits à la 403 découpée, il avait compris qu’il fallait faire aussi des travellings comme ça… c’est un très grand ingénieur, qui comprenait comment mettre en rapport la caméra et la nature…

JPF : La voiture avec laquelle il part est une voiture déjà trafiquée… pas une 2cv mais une 403 !

JR : Oui, tu te rends compte, il faisait ses travellings avec la caméra sur la voiture coupée exprès.

Boris : La relation caméra/Pont et Chaussées, ça m’intéresse beaucoup…

JR : Oui, il était beau, il était chaud, il était magnifique et en plus il était ingénieur… c’était pour lui le moyen de tourner sans quarante personnes… moi je l’ai vue, cette voiture, parce qu’à Lumifilm ils l’avaient, elle était devant le studio…

Boris : Dans La ligne de mire qui vient de sortir des limbes…

JR : Je ne savais même pas qu’il y en avait une copie !

Boris : Il était dans le stock de bobines déposées par Françoise (Geissler) à la Cinémathèque de Toulouse… Eric Leroy, de Toulouse m’a contacté : pour faire une rétrospective de films des années 50/60, disant : on a trouvé ça, sans visa de sortie… extraordinaire ! Et puis on a même retrouvé le négatif aux Archives du Film à Bois d’Arcy…

JR : Quand je l’ai connu il n’était pas alcoolo… il tenait pas l’alcool même…

Boris : Quand ma mère a débarqué dans sa vie elle avait 24 ans… elle arrivait du Kenya, c’était la fille d’un agent de change, play boy, elle avait vécu dans les ex-colonies plein de trucs… à dix-huit ans ma mère a dit : ce monde n’est pas mon monde, alors son père lui a trouvé un poste de stagiaire à Paris Match… elle avait des parents très jeunes, elle est de 1950… ils l’ont laissé partir en Afrique, vivre sa vie, et puis elle revient à Paris et paf JD…

Elle rencontre JD comment ?

Boris : Par un type qui s’appelle Georges, une sorte d’homosexuel, héritier de mines d’or en Australie… ils avaient 13 ans de décalage, ma mère Murielle et mon père Jean-Daniel, et très vite elle n’a pas supporté…

JR : Oh c’est pas beaucoup treize ans, moi aussi j’ai beaucoup aimé des hommes plus âgés que moi, les jeunes ils baisent mal, tandis que les vieux qu’est-ce qu’ils sont drôles ! Par exemple Bouchet et moi c’était quinze ans de différence…

Bouchet ?

JR : C’était quelqu’un qui était beaucoup beaucoup à Lumifilm, qui était un grand monteur… Lumifilm où j’ai connu Jean-Daniel a été vendu à Pathé Marconi…

Tu es rentrée dans Méditerranée comment ?

JR : C’est une très belle histoire… Moi j’étais la petite ouvrière qui essayait d’être spécialisée, avec mes petites mains, mes petits gants… c’était du 16 mm, y’avait de la pellicule partout, ils filmaient beaucoup les gens à l’époque, y’avait plein de doubles, plein de chutes... ouvrière, oui, assistante monteuse quoi, un boulot de prolo… faut dire que j’étais habile de mes mains, c’est ce qui m’a sauvée… habile à cause de la couture d’abord… bon, j’étais pas pauvre mais ma famille n’était pas riche, et donc je me faisais faire des robes par des couturières parce que je voulais être à la dernière mode et comme on n’avait pas les moyens de m’acheter des fringues chez Chanel, etc., je faisais faire des patrons, j’allais au marché St Pierre et je coupais moi-même les trucs, à l’époque y’avait des couturières, j’étais donc très bien habillée, ma mère aussi, et ça, ça m’a donné le goût de manipuler les choses… et donc quand je suis arrivée dans une salle de montage, comme assistante de Francis Bouchet, j’ai trouvé tout de suite ma place, on a commencé chez un producteur qui faisait des films sur des animaux en collaboration avec ton cousin, François Bel… et comme Bel avait construit un auditorium qui était magnifique (plus tard Duhamel viendra ici enregistrer la musique de Méditerranée), on y est allé terminer les films… on essuyait vraiment les plâtres, quand j’ai débarqué là, c’était vraiment encore tout neuf, et pendant que moi je montais des films d’animaux, les sangliers dans les Ardennes, etc. je voyais dans la salle à côté Jean-Daniel Pollet qui montait tout seul Méditerranée depuis six mois… on le regardait arriver tous les matins, une beauté fulgurante à tomber par terre, mais il était très silencieux, on ne savait pas ce qu’il faisait exactement, sauf Barbet, qui reviendra ici mais beaucoup plus tard monter les films de Rohmer… et un jour Jean-Daniel Pollet me dit : « Mademoiselle (il était très très poli, style grande famille), ne voudriez-vous pas venir m’aider ? – Oui, très volontiers. – Voilà, je monte ce film depuis des mois et des mois, et là il est un peu sale, est-ce que vous voudriez bien le nettoyer, pendant que je vais déjeuner ? – Bien sûr, je m’en charge… » Et il est parti, je me suis retrouvée avec un film de deux heures, deux bobines, que je commence à dérouler et avec un peu d’alcool, non c’était du Déco, un produit qui enlève les poussières, et allez, avec mes gants blancs et un morceau de velours noir humecté du produit, je fais glisser la pellicule, et au bout d’un moment je regarde : c’est pas possible ! la pellicule se décolle, les couleurs restent sur le chiffon, je suis en train d’effacer le film ! Bon, c’était la copie de travail, ils avaient tourné en ektachrome, en inversible, si j’ai bon souvenir, donc en positif, et les collures étaient faites au scotch, pas à la colle. En France à ce moment-là on travaillait les collures à la colle, mais pas Jean-Daniel, il était en avance, il était allé à Rome acheter une Moviola, à plateaux horizontaux, et une presse à scotch, comme il y en aura dans toutes les salles de montage cinq ou dix ans plus tard… l’avantage du scotch c’est que tu ne perds pas une image chaque fois que tu fais une coupe, tandis qu’à la colle tu en perdais deux… le produit que j’avais utilisé pour nettoyer avait attaqué le scotch, qui n’était pas aussi performant que maintenant, et la matière adhésive avait fait une réaction chimique qui effaçait la matière imprimée sur la pellicule, ça faisait des effluves sur le film… et voilà Jean-Daniel qui revient avec un gars qui devait faire le commentaire de son film, pas Sollers, un autre, et je me dis : c’est foutu, je ne vais plus faire de cinéma, il va me virer, je vais retourner garder les vaches à Maugio, c’est fini, c’est un désastre, ça bavait de partout, je montre le résultat à Jean-Daniel, qui comprend ce qui s’est passé et me dit : « Ce n’est pas grave, je travaillais sur ces pellicules depuis sept mois, elles commençaient à fatiguer, alors voilà, si vous voulez bien, je vous engage comme assistante, vous allez relever les numéros de bord et on va retirer les plans… » Il fallait que je conforme tout, il venait de tourner les plans d’hôpital avec la fille sur la table d’opération…

Boris : Méditerranée n’a donc pas été fait en une seule fois ? La fille à l’hôpital ce n’est pas Maria Loutraki ?

JR : Non, c’est une autre, une blonde d’ailleurs, très bressonienne, Maria Loutraki est brune…

Boris : Ah oui d’accord…

JR : Les plans de clinique ont été tournés bien après, et eux ils étaient impeccables, ils n’avaient pas bougé au nettoyage à la différence des plans tournés autour de la Méditerranée… j’ai été très surprise qu’il m’engage après la connerie que j’avais faite. Bon, je faisais du montage avec son cousin, mais je l’ai trouvé très affable avec moi et hors norme… je n’étais que stagiaire à Lumifilms, je devais faire quatre stages, j’en avais fait un sur Le Caporal épinglé, de Renoir, à Éclair, que j’ai d’ailleurs sauvé en refusant de le couper, alors que le producteur voulait le raccourcir, j’ai dit « non : Renoir ne serait pas d’accord », ça a fait un scandale mais ça m’a fait une grande publicité, prouvant que j’étais intègre, on a appelé Renoir qui était reparti en Californie, etc. Bon, et Pollet m’engage, et il me file sa colleuse entre les mains, je deviens monteuse, personne ne montait comme ça, y’avait que Pollet… Machu ne voulait pas monter au scotch, Rozier pourrait t’en parler, Machu était très syndicaliste… il ne voulait pas de la Steinbeck… moi j’ai dit OK je marche, on dit que j’étais sa monteuse mais non j’étais son assistante, c’est lui qui faisait tout… Paris vu par, c’est moi au générique mais c’est lui en fait… Pollet était un « organiciste », il avait le sens de l’organisation d’un film, un sculpteur, un ingénieur de la vision… et un grand solitaire…

Et tu étais avec lui en Mai 68 aussi ? Tu as participé aux Etats-Généraux ?

JR (va chercher une photo de manif, où Pollet marche entre Kast et Doniol-Valcroze) : Attends il y a qui encore ? C’est écrit derrière : Michel Delahaye, Paula Delsol… JD faisait des réunions rue de Grenelle… moi j’étais plus jeune que Jean-Daniel, j’avais une autre bande, et n’oublie pas : j’étais une simple technicienne, et lui bien sûr il était un dieu de l’Olympe, certes d’une gentillesse, d’une simplicité chevaleresque, c’était un amour, mais à l’époque tu mélangeais pas les chaussons et les chaussettes, les torchons et les serviettes… Avant 68, la hiérarchie était énorme, vous ne vous rendez pas compte, c’est pas qu’il ne m’aurait pas invitée à déjeuner mais moi je n’aurais pas voulu… mes parents habitaient à Marcel-Sembat, j’allais déjeuner chez moi, j’étais une petite ouvrière… j’étais belle à tomber par terre, je savais que je pouvais me faire tous les mecs, mais j’avais un petit ami, du genre plutôt costaud, qui venait me chercher à la salle de montage, mais c’est pas pour ça qu’on a gardé nos distances, il m’adorait dans le respect de la hiérarchie… Rohmer, pareil, j’ai monté quelques uns de ses films, des courts, des longs, une dizaine au moins, et un jour je lui ai demandé : « pourquoi vous m’avez prise ? », et il m’a dit : « vous savez, vous avez un cou extraordinaire, et assis derrière vous c’est très agréable de vous regarder travailler, et en plus vous êtes très ouverte, vous avez énormément d’intuition, d’intelligence… » Rohmer était venu monter ses premiers films à Lumifilms, et c’est là qu’il avait repéré mon cou ! tu parles d’un coup ! Bon après 68, ça s’est beaucoup plus mélangé, moi je vais faire un film, le réaliser, mais après on ne voulait plus me prendre comme monteuse… sauf Rohmer et Jean-Daniel… c’est Barbet Schroeder qui avait amené Rohmer à Lumifilms… pour monter La carrière de Suzanne et la Boulangère de Monceau… Barbet, qui avait produit Méditerranée, m’a proposé d’aider Rohmer à monter ses premiers films… je travaillais avec lui la nuit, Bel ou Pollet nous filaient la clé, en plus du montage on pouvait faire des sons magnifiques à l’audi… ça a duré quatre, cinq ans, Lumifilms, même plus… j’ai monté La collectionneuse, tous les Paris vu par, puis pour Ma nuit chez Maud j’ai fait le bout à bout et j’ai rendu mon tablier, pour partir à New York… c’est Beauregard qui a terminé le film, Barbet n’en pouvait plus… Lumifilms était très porteur… les gens des Cahiers venaient là, j’ai rencontré là Chabrol, Rozier, Astruc… Rozier y a monté Blue jean, un truc pour Dim Dam Dom… on se croisait aussi au restau en face de LTC mais les techniciens restaient séparés… à la salle de montage tu ne téléphonais pas, à personne, et personne ne te téléphonait, il y avait un côté sacré, tu étais en mission…

Pour revenir à Méditerranée : tu n’as quand même pas fait que relever des numéros de bord et conformer le montage en cours avec des plans nouvellement tirés ? Tu as fait quoi exactement ?

JR : Pollet préparait ce film pour une Dame, on savait que c’était son Grand Amour, il ne sortait avec personne d’autre, en tous cas on ne voyait personne, même pas Elle ! Et un jour, je m’en souviendrai toute ma vie, on va projeter le film sur les Champs-Elysées, dans une salle privée au dessous de l’immeuble de la Radio, Jean-Daniel voulait que ce soit absolument là que Sarah (c’était le nom de la Dame) voie son film… il y avait déjà le texte de Sollers, oui… et quand Sarah sort de la projection elle dit juste : je pense qu’il y a un peu trop de ciel bleu dans ce film ! Et tu vois Jean-Daniel, vlan, devenir vert… On avait tellement travaillé, pour elle, et elle, qui fait sa Marie-Chantal chez les pauvres ! Sarah Georges-Picot, c’était un monument, à l’époque, ses sœurs, ses frères, c’était les pin-ups, les playboys de l’époque, y avait pas mieux que ça, en photos dans les magazines… Sarah était une beauté, très intelligente et très drôle à la fois, mais très snob… elle l’attendait sans doute, ce film, pour savoir qui était Jean-Daniel, dont tout le monde disait qu’il était génial après son seul film visible, Pourvu qu’on ait l’ivresse… on ne pouvait pas voir La ligne de mire, parce qu’il avait été totalement interdit par les syndicats, parce que pas conforme aux règlements… et Méditerranée ça a failli faire pareil, c’était en 16, personne ne tournait en 16 alors… Jean-Daniel faisait ses films avec très peu de personnel, il tournait, montait ses films lui-même, ça n’allait pas avec le corporatisme… le distributeur a été obligé de retirer La ligne de mire de l’affiche et Jean-Daniel a dit : « je ne veux plus en entendre parler ! » Voilà pourquoi on ne le voyait plus… et il ne me l’a pas montré… pour lui c’était fini, et Méditerranée a risqué le même destin après la réflexion de Sarah !

Tu as revu Sarah après cette projection ?

JR : On est devenu copines, on a fait de tas de trucs ensemble, des voyages… un jour, écoute ça, c’est véridique : nous sommes parties toutes les deux rejoindre des copains qui vivaient en communauté dans les Cévennes, ils avaient un vieux bus Volkswagen, et un jour on était toutes les deux sur la route et elle me dit : « on n’a plus de fric, on va se faire une station service », et elle y est allé : « donnez-moi la caisse », elle dit au pompiste, il nous donne sa recette, rien du tout, quelques billets, et il prévient les flics, qui nous arrêtent, mais elle leur dit : « je suis la fille du Général Georges-Picot », à cette époque c’était encore un nom, la Résistance c’était pas si loin. Vérification faite et comme on n’avait pas emporté beaucoup de fric, moi je disais que c’était pour s’amuser, ils nous ont laissées partir… mais elle l’avait fait, complètement allumée, la Marie-Chantal, et aux États-Unis avant ou après je ne sais plus, elle a fait pire, pris des risques énormes, avec les Black Panthers… je l’ai revue en 79/80 à New York, j’avais trois salles d’art et essai, à Bleeker Street, je voulais faire un hommage à Pollet, en projetant Méditerranée, on me dit que Jean-Daniel n’est pas très en forme mais que Sarah, avec qui il ne vivait plus depuis longtemps, aurait une copie. Je la contacte et elle me dit : « si tu m’invites, je t’amène ma copie… » elle arrive, elle n’a pas la copie, mais elle me dit : « j’aime trop New York, je reste, faut que tu me loges ! » Elle reste, elle s’acoquine avec un black, on était à la fin du mouvement des Black Panthers, qu’elle avait soutenu, un black qui roulait avec une Rolls-Royce blanche, je m’en souviendrai toujours… et elle m’invite à aller avec elle et lui à Harlem, dans cette voiture, et on se retrouve dans un endroit glauque au possible, avec de la drogue partout, j’ai eu très peur et on s’est tiré… le mec de Sarah voulait nous raccompagner, on est reparti seules, en vitesse, y’avait que des dealers, là, des femmes bizarres, des appâts… La dernière fois que je l’ai vue, j’habitais dans le XIVe et elle aussi, je promenais mon chien et je la vois arriver ou plutôt c’est mon chien qui la voit parce qu’elle avait deux chiens, elle, qui couraient derrière son vélo, on s’est parlé un moment et puis chacune est partie de son côté…

Elle vit toujours ?

JR : Oui, je connais quelqu’un qui pourrait te mettre en relation avec elle… elle vit dans un tout petit appartement, elle n’a plus de fric, sa sœur s’occupe d’elle, mais elle a été très riche, elle avait une maison à Noirmoutier…

Boris : Quand ils se sont séparés, mon père lui a laissé la maison qu’il avait achetée pour être avec elle dans le Midi, vers Sainte-Maxime… et après, elle l’a vendue…

JR : Voilà ça c’est Jean-Daniel, il laisse tout, généreux… Sarah, elle, prétend même que c’est elle qui a fait Méditerranée, qu’elle lui a inspiré ce film et qu’elle a donc tout orienté… elle dit qu’elle voulait écrire sur les images, et qu’elle l’a fait et que JD était très content de ce qu’elle avait écrit…

Elle a l’air, en tous cas, d’avoir été un sacré numéro !

Boris : Boutang m’a dit un jour que Sarah était en train d’écrire ses mémoires, faudrait lire ça…

Faut d’abord la retrouver, je vais tacher de le faire…

Boris : Mon père m’a dit qu’il avait rompu avec Sarah parce que dans une boîte de nuit elle s’était mise à embrasser sur la bouche un des mecs présents…

JR : Elle couchait à droite à gauche comme tout le monde, mais Jean-Daniel pas, il était totalement amoureux, il n’a pas supporté, ça l’a déboussolé… Le problème de Sarah c’est qu’elle n’a jamais travaillé, donc elle ne sait pas finir une chose commencée… moi je devais travailler, j’ai tout fait dans le cinéma, y compris synchroniser des bobines pour payer mon loyer… Jean-Daniel, lui, était un fils de famille riche, mais il avait cette qualité d’être solitaire, de savoir rester seul, pour faire ses films, comme Baratier, tiens, par exemple. Il ne faisait partie d’aucun groupe, ne participait pas aux mondanités.

Boris : Tu dois connaître Nena Baratier alors ?

JR : Et comment ! C’est grâce à Nena que j’ai eu ce boulot de monteuse des films Zanzibar, Serge Bard, Patrick Deval, etc., produits par Silvina Boissonas, qui a produit mon film Deux fois… tiens je te le donne, le DVD a été produit par mon mari… pas le premier, le second, celui qui m’a ruiné, qui m’a obligé à fermer le Bleecker en ouvrant des salles en face, avec plus de fric, il me piquait tous mes cinéastes en leur filant des avances distributeurs énormes, Jarmush, etc… moi je n’avais pas assez de salles…

Boris : Je parlais de Baratier parce que c’est le grand-père de mon demi-frère… ma mère, après avoir quitté Jean-Daniel, a épousé un Péruvien, un cinéaste, Barretto, qui avait eu avant un enfant avec la fille de Baratier…

JR : Il s’appelait De Baratier, tu sais, il a enlevé sa particule à cause des impôts, son grand-père avait accompagné Lawrence d’Arabie dans le désert…

Erratum :

De : Jackie Raynal
Date : 27 avril 2013 16:16:15 HAEC
À : Jean-Paul FARGIER
Objet : Rép : WIP sur JDP + ton lien

Dear JP !

Quel beau boulot que tu as fait là avec mon interview : je n’ai trouvé que deux fautes :
JD est allé chercher une colleuse à scotch à Cinecitta, oui cela est correct :
Par contre il n’est pas allé chercher une moviola à plateau là-bas :
NON c’est une Steinbeck qui venait d’Allemagne et qui lui a été livrée...
C’était à l’époque la seule machine de montage à PLATEAU.
Autre acquisition d’innovation et de modernisation du métier de la part de JD et qui ne plaisait pas du tout aux syndicalistes !

[...]

Sinon c’est super corect :
OOOPS ! non :
Ce n’est pas Barbet qui a produit MEDITERRANNEE, non, non, non... il l’a pris dans son catalogue FILMS DU Losange bien après sa production : c’est JD qui avait financé le film en partie avec l’argent de François qui en avait beaucoup car il était le patron des fromageries Bel et de la Vache qui rit ! Barbet a peut-être payé pour le gonflage en 35 millimètre du film mais ce fut bien après la production et la post production du film.

[...]

Amitiés
JR


Images : Jackie Raynal photographiée par Michel Slaminoff sur le tournage de Autour de Jacques Baratier / Affiche de La Ligne de mire / Méditerranée (Jean-Daniel Pollet, 1963) / La collectionneuse (Éric Rohmer, 1966) / Tu imagines Robinson (Jean-Daniel Pollet, 1967).